Un fermier m'a pris en stop en Arabie saoudite… et ne m'a plus laissé repartir
Une rencontre qui a changé mon voyage. Ce fermier m'a pris en stop et m'a fait découvert l'Arabie Saoudite sous un autre angle.
MOYEN-ORIENTARABIE SAOUDITE
10/23/202613 min read


J'ai visité l'Arabie saoudite pendant presque deux semaines. Ce que je ne savais pas encore, c'était le nombre de souvenirs que j'allais accumuler et le nombre d'expériences insolites que j'allais vivre.
À plusieurs reprises, ce pays m'a prouvé à quel point son peuple pouvait être accueillant et généreux.
Mais aujourd'hui, j'ai envie de te raconter une histoire en particulier. Celle d'un homme que j'ai rencontré complètement par hasard, alors que je faisais du stop sur une route au milieu du désert. Un homme qui, sans vraiment me connaître, allait m'accueillir chez lui et me faire découvrir une facette de l'Arabie saoudite que je n'aurais probablement jamais découverte autrement.
Son prénom était Fahad.
Faire du stop en Arabie saoudite : une rencontre inattendue
Tout commence à Riyad, la capitale saoudienne.
J'y suis resté quelques jours. C'est une ville intéressante à découvrir pour une première visite, mais je savais que je voulais rapidement m'en éloigner. J'avais envie de sortir de cette grande ville et de découvrir ce que le reste du pays avait à offrir.
Mon objectif était de rejoindre Médine, à plus de 800 kilomètres de là. Pour m'y rendre, j'avais décidé de faire du stop, une méthode que j'ai utilisée tout au long de mon voyage en Arabie saoudite.
J'ai donc commandé un taxi avec Careem, une application, comme Uber, que l'on retrouve dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Mon objectif était de rejoindre la sortie de Riyad, sur la route en direction de Médine.
Le chauffeur semblait plutôt étonné de voir l'endroit où je voulais m'arrêter. Je lui ai pourtant bien confirmé ma destination.
Quelques minutes plus tard, me voilà déposé au bord de cette immense route, entouré de sable et de Toyota, ces voitures que l'on croise partout en Arabie saoudite.
Mon sac à dos posé au sol, un grand sourire sur le visage et le pouce levé, j'étais prêt à attendre mon destin.
Enfin, attendre est un grand mot.
En Arabie saoudite, faire du stop m'a semblé incroyablement facile. Je n'ai attendu qu'environ une minute et demie avant qu'une voiture s'arrête.
À l'intérieur se trouvait un homme : Fahad.
Je ne le savais pas encore, mais cette rencontre allait devenir l'un de mes plus beaux souvenirs de voyage.


Un inconnu m'invite chez lui après dix minutes
Il y avait un petit problème de communication entre nous.
En arabe, je savais seulement dire bonjour et merci. De son côté, Fahad ne connaissait que quelques mots d'anglais, à peu près les mêmes que moi en arabe !
Nous avons donc commencé à échanger grâce à un traducteur sur nos téléphones. Malgré cette barrière linguistique, il a accepté de m'emmener sans hésiter.
Au fil de la conversation, il m'a expliqué qu'il possédait une ferme située à environ quatre heures de route, sur le chemin de Médine.
Puis, après seulement dix minutes passées dans sa voiture, il m'a proposé de venir chez lui, de découvrir sa ferme et de me faire découvrir la culture saoudienne.
Je te laisse imaginer la situation. Je venais de monter dans la voiture d'un inconnu, nous avions énormément de mal à communiquer et voilà qu'il me proposait déjà de m'accueillir chez lui.
Moi qui voyageais sans véritable plan, avec simplement mon sac à dos et l'envie de découvrir le pays, je ne pouvais qu'accepter !
Nous avons donc pris la direction de sa maison et de sa ferme.
Sur la route, nous nous sommes arrêtés pour acheter quelques provisions, des noix et à boire. Fahad refusait catégoriquement que je paie quoi que ce soit.
La route s'est ensuite poursuivie tranquillement. Le paysage se ressemblait partout. Une immense route entourée de désert, à perte de vue. Mais c'était ma première fois en Arabie saoudite et j'observais tout avec curiosité.
Après environ quatre heures de route, nous sommes enfin arrivés chez lui.


Bienvenue chez Fahad : café, dattes et partie de Fortnite
Fahad, toujours souriant, me montrait sa belle et grande maison, au sein d'un petit village qui semblait perdu au milieu de nulle part.
À peine arrivés, il avait déjà tout préparé pour m'accueillir. Une table était dressée avec du café, des dattes et différentes petites choses à grignoter.
Il faut savoir que je n'aime pas vraiment le café. Pourtant, difficile de refuser lorsque quelqu'un vous accueille avec un grand sourire et autant de générosité ! Je me suis donc forcé à en boire.
Et, étonnament, c'était probablement la première fois que je trouvais un café plutôt bon.
Son fils, un adolescent, nous a ensuite rejoints. Bonne surprise : il parlait anglais !
Nous avons enfin pu discuter plus facilement. Il m'a fait visiter ses endroits préférés dans la maison, en commençant par le jardin.
Il y avait des animaux, surtout des poulets et des oiseaux. Parmi les poulets, l'un d'eux portait un nom assez particulier : « Dick ».
Je lui ai demandé s'il connaissait la signification de ce mot en anglais. Il m'a répondu que oui, avec un petit sourire en coin.
Au milieu du jardin se trouvait également une grande cage à oiseaux, avec des dizaines d'oiseaux qui volaient. La cage était entourée de nombreux palmiers qui apportaient un peu d'ombre aux animaux.
Et heureusement, parce que je ne t'apprends rien en te disant qu'il fait chaud en Arabie saoudite. Très chaud, même en décembre quand j'y étais !
Mais la visite ne s'est pas arrêtée là.
Son fils m'a ensuite montré la pièce dans laquelle il jouait à la Playstation. Il m'a dit qu'il jouait à Fortnite, et comme j'y jouais avant, on a décidé de lancer une partie.
Nous avons joué pendant environ trente minutes et j'ai même gagné la partie !
Je ne m'attendais vraiment pas à me retrouver à jouer à Fortnite dans une maison, au milieu de la campagne saoudienne, après avoir fait du stop quelques heures plus tôt.
C'est aussi ça, le voyage : des situations improbables que l'on n'aurait jamais pu prévoir.




Une nuit dans sa ferme, au milieu du désert
En fin d'après-midi, nous avons repris la voiture pour rejoindre la ferme de Fahad, située à une dizaine de minutes de sa maison.
C'est là que j'allais passer la nuit.
Il y avait une petite maisonnette avec un salon, une cuisine et une salle de bain. Rien de luxueux, mais tout ce qu'il fallait pour passer une bonne nuit. Dans le salon, il y avait mon lit, avec une bonne couette pour rester au chaud.
Fahad s'est ensuite mis à préparer le repas : du poulet et du riz, accompagnés de nombreuses épices.
Pendant que tout était en train de cuire, il m'a fait visiter sa ferme. J'y ai découvert des chèvres, des chats, des chiens et des lapins. J'ai également pu goûter de petits citrons de Chine qu'il avait plantés.
J'étais loin de l'image des grandes villes modernes et des immenses gratte-ciel que l'on associe parfois à l'Arabie saoudite.
Ici, je découvrais un quotidien beaucoup plus rural, avec des animaux, une ferme et une hospitalité qui me touchait de plus en plus.
À l'extérieur de la maisonnette se trouvait une petite terrasse, idéale pour se reposer près du feu.
Deux personnes travaillaient également sur la ferme : un Népalais et un Pakistanais.
Ils m'ont expliqué qu'ils étaient venus travailler dans le Golfe pour gagner de l'argent et soutenir leur famille restée dans leur pays d'origine.
Le Népalais, Kishor, m'a notamment raconté qu'il passait des années ici dans le seul but de gagner suffisamment d'argent pour sa femme et son bébé.
C'est une conversation qui marque, car nous n'avons pas l'habitude de rencontrer des gens qui donnent leur vie comme cela.


Un dîner traditionnel, préparé par le chef
À la tombée de la nuit, les températures baissent et le feu est indispensable
Nous nous sommes donc installés sur la terrasse, où nous avons bu du thé en écoutant le calme de la nature.
Le repas était simple et généreux : un grand plat de riz et de poulet, accompagné de toutes ces épices que Fahad avait utilisées pendant la préparation. Un bon biryani.
Nous nous sommes assis en tailleur autour du plat et avons mangé avec les mains, sans couverts.
Dans les pays musulmans, il faut manger avec la main droite, car la main gauche est synonyme de saleté. Étant gaucher, je devais donc constamment penser à utiliser la bonne main !
Je n'avais pas encore complètement pris l'habitude de ce geste. Lorsque je me trompais, personne ne me faisait de remarque car j'étais un touriste, mais j'essayais tout de même de m'adapter aux coutumes locales.
Nous avons bien mangé et discuté, avant que Fahad me souhaite bonne nuit.
Je suis alors resté seul dans la petite maisonnette, tandis que les deux employés dormaient dans de petits cabanons à proximité.
Je n'avais pas de connexion Internet à cet endroit. Après une douche, je me suis donc rapidement endormi.
Une journée qui avait commencé par un simple pouce levé au bord de la route venait de se terminer dans une ferme saoudienne, auprès de personnes que je ne connaissais pas quelques heures auparavant.
Et ce n'était que le début.




Fahad me fait découvrir un village traditionnel abandonné
Le lendemain matin, je me suis levé tôt et j'ai retrouvé Fahad, qui est venu prendre le petit-déjeuner avec moi.
Après avoir mangé, il m'a proposé de me faire visiter un endroit avant que je reprenne ma route vers Médine.
Nous sommes partis en voiture en direction d'un ancien village traditionnel aujourd'hui abandonné. Le village Uyun Al Jawa.
Cette visite m'a particulièrement intéressé. Nous étions seuls et pouvions nous promener dans le village pour découvrir les lieux et bâtiments.






Il y avait des maisons, une école, une place principale, une mosquée… Toute une organisation qui témoignait de la vie qui avait autrefois animé cet endroit. Le village a été abandonné et une petite ville plus moderne a été construite juste à côté.
Les bâtiments étaient principalement construits en briques de terre séchée, avec une magnifique couleur ocre qui se fondait parfaitement dans le paysage.
Nous sommes même montés sur le toit de certains bâtiments, d'où nous avions une belle vue sur le village et ses alentours.
Pouvoir découvrir ce village tranquillement, sans groupe de touristes autour de nous, rendait l'expérience encore plus intéressante.
C'est toujours passionant de voir ce type d'endroit et d'imaginer la vie qu'il pouvait y avoir auparavant.
Il refuse de me laisser repartir sans m'aider
Après cette visite, il était temps pour moi de reprendre la route.
Je comptais continuer en faisant du stop, comme je l'avais prévu au départ. Mais Fahad a refusé que je reparte de cette manière.
Pour lui faire plaisir, j'ai finalement accepté de prendre le bus.
Sauf qu'il y avait encore un problème : il voulait absolument payer à ma place !
Il a tout fait pour que je n'aie rien à débourser. Et au moment de nous dire au revoir, il m'a même glissé un billet.
J'étais vraiment choqué par la situation.
Nous nous étions rencontrés seulement vingt-quatre heures auparavant. Pourtant, cet homme avait consacré une grande partie de son temps et de son énergie à me faire passer une journée formidable.
Il m'avait nourri, hébergé, présenté sa famille, fait découvrir sa ferme et emmené visiter un village traditionnel.
Tout cela alors que nous avions une langue, un âge et une culture différents.
Sa manière de prendre soin de moi me faisait presque penser à celle d'un grand-père qui veut s'assurer que son petit-fils ne manque de rien.
Je suis finalement parti en direction de Médine, avec le sentiment d'avoir vécu quelque chose de vraiment particulier.
Mais notre histoire n'était pas terminée.
Je retourne chez Fahad quelques jours plus tard
Après avoir passé quelques jours à Médine, j'ai décidé de retourner chez Fahad.
Cette fois, je n'allais pas simplement passer une nuit dans sa ferme. J'allais y passer 3 nuits et découvrir encore davantage son quotidien.
J'ai surtout passé du temps avec son fils aîné, un peu plus âgé que moi.
Il m'a présenté certains de ses amis et nous sommes allés dîner chez l'un d'eux. Comme souvent pendant mon séjour, le repas était généreux. Nous avons encore mangé un bon biryani.
La soirée était tranquille et nous avons pu échanger facilement, puisque son fils parlait très bien anglais.
Tirer pour la première fois, une expérience unique
Le lendemain, nous sommes partis rendre visite à l'un de ses amis, qui possédait des hectares de terrain à perte de vue.
Il y cultivait notamment des grenades. J'ai eu la chance d'en goûter directement sur place, fraîchement cueillies.
Puis, son ami m'a posé une question à laquelle je ne m'attendais pas.
« Est-ce que tu as déjà tiré ? »
Je n'avais jamais tiré de ma vie.
Il a alors demandé à son beau-frère d'aller chercher un fusil pour me permettre d'essayer.
Vingt minutes plus tard, le voilà de retour.
Après quelques explications sur la sécurité, il a lancé des bouteilles au loin, en hauteur, et je devais essayer de les toucher.
La sensation était particulière. C'était nouveau pour moi, avec ce léger recul que je n'avais jamais ressenti auparavant.
Je ne pense pas avoir réussi à toucher les bouteilles, mais ils m'ont affirmé qu'ils avaient l'impression que j'avais réussi une fois !
J'ai encore un doute aujourd'hui. Mais une chose est certaine : j'avais tiré pour la première fois de ma vie.
Encore une expérience que je n'aurais jamais imaginé vivre quelques jours plus tôt.




« Ce serait une honte de te laisser payer »
Le soir, nous sommes retournés à la ferme où Fahad et plusieurs de ses amis nous attendaient pour dîner.
Comme toujours, un grand festin nous attendait. Je n'ai pas manqué de nourriture pendant mon séjour chez eux !
Après le repas, je suis parti faire un dernier tour en voiture avec le fils de Fahad. Nous sommes allés acheter des donuts.
Et là encore, une petite scène m'a marqué.
Les deux amis se disputaient presque pour savoir lequel allait payer avec sa carte bancaire.
Cela m'a fait sourire, mais j'ai fini par leur poser une question : pourquoi refusaient-ils systématiquement de me laisser payer quoi que ce soit ?
Leur réponse m'a marqué.
Ils m'ont expliqué que me laisser payer serait une honte pour eux.
Je n'avais pas l'habitude de ce rapport à l'hospitalité. Bien sûr, j'avais déjà rencontré des personnes généreuses au cours de mes voyages, mais ici, cette volonté de prendre en charge les repas et les dépenses semblait particulièrement importante pour mes hôtes.
Je pouvais proposer de payer, mais ils tenaient à m'accueillir de la meilleure manière possible.
Ce n'était pas une question de montant. C'était une question de principe, une manière de montrer leur hospitalité.
Et c'est justement ce genre de détails qui permet de découvrir une culture autrement qu'en visitant ses monuments.
Ruines, paysages et derniers cafés avant le départ
Deux nouvelles nuits étaient déjà passées.
Pour mon dernier jour, Fahad a voulu me faire découvrir les alentours. Nous avons pris la voiture et roulé hors piste jusqu'à des ruines et de magnifiques points de vue.
Encore une fois, j'ai pu découvrir une partie du pays que je n'aurais jamais vue seul.
Et, bien entendu, j'ai dû boire énormément de café chez ses amis !
Je n'aime toujours pas particulièrement le café, mais comment refuser celui que Fahad me proposait avec un grand sourire et autant de générosité ?
Après une dernière soirée ensemble, il était temps de reprendre ma route, cette fois en direction du Koweït.
Je quittais la ferme avec de nombreux souvenirs, mais surtout avec le sentiment d'avoir vécu une expérience humaine exceptionnelle.


L'Arabie saoudite, bien au-delà des clichés
Toute cette aventure avait commencé par un geste tout simple : mon pouce levé au bord d'une route, à la sortie de Riyad.
Je ne connaissais pas Fahad. Je n'avais aucun plan précis et je ne savais absolument pas ce qui m'attendait.
Pourtant, cette rencontre m'a permis de découvrir l'Arabie saoudite d'une manière que peu de touristes auront peut-être l'occasion de vivre : en partageant le quotidien d'une famille, en dormant dans une ferme, en découvrant un village abandonné et en passant du temps avec les amis de mes hôtes.
Je remercie le destin de m'avoir fait croiser sa route, mais surtout Fahad et sa famille pour leur accueil.
Cette expérience m'a rappelé pourquoi j'aime autant voyager. On part souvent pour découvrir des paysages, des monuments ou des lieux que l'on a vus en photo. Mais ce sont parfois les personnes rencontrées en chemin qui nous laissent les souvenirs les plus forts.
L'Arabie saoudite ne se résume pas à ses grandes villes modernes, à ses gratte-ciel ou à sa richesse. C'est aussi un pays de traditions, de rencontres et d'hospitalité.
Et si je devais retenir une seule chose de cette aventure, ce serait celle-ci : il suffit parfois d'un simple geste, d'un pouce levé au bord d'une route, pour vivre une histoire que l'on n'oubliera jamais.

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